Le Parlement européen joue enfin son rôle



Les parlementaires européens refusent le projet de budget élaboré par les Chefs de gouvernement. Une heureuse première qui replace la définition d’une politique européenne dans une enceinte représentative et non plus seulement dans les instances administratives bruxelloises.
Le débat politique français a vite écarté le Conseil Européen du 8 février dernier où l’espoir d’une politique de soutien à l’économie dans le budget de l’UE 2014-2020 (1) (prévoyant une baisse de 3% par an) s’est estompé devant l’alliance des chefs de gouvernement anglais et allemand. Soyons clairs l’option française a été balayée par le duo Cameron-Merkel. Le pacte de croissance adopté en juin 2012 a été ignoré. En effet, l’Allemagne ne veut pas perdre son avantage de compétitivité sur les autres membres même si ceux-ci ne renouvellent plus leurs commandes… Elle rejoint le camp des néolibéraux inspirés par les Britanniques qui ne veulent pas entendre parler des problèmes de la Zone euro à laquelle leur pays n’appartient pas.
Les critiques ont fusé car ce sont en premier lieu les aides humanitaires qui seront touchées ; dans une Europe en crise, c’est une erreur politique sans précédent du Conseil Européen qui va vite mesurer le rejet par les couches sociales les plus modestes de Bruxelles et de l’Union dans son ensemble. Il aura fallu le coup de semonce italien avec l’arrivée en force des partisans de M. Grillo pour faire comprendre que les mesures d’austérité n’étaient plus supportées dans les pays où elles sont appliquées (La France ne vit pas les épreuves italiennes, espagnoles ou grecques).
Les députés européens, oubliant les clivages traditionnels, ont fait barrage à cette politique ignorant la relance et affectant la solidarité.
Le problème de la Zone euro est qu’elle est dans une spirale sans fin, si seuls des dispositifs de rigueur sont pris. A chaque fois les mesures prises ont provoqué un ralentissement voire un arrêt du développement économique dans les pays concernés avec l’effet pervers d’accroitre leurs déficits publics que l’on voulait réduire… Il faudrait être aveugle pour ne pas mesurer le danger et pourtant le Conseil Européen a ignoré cette réalité.
Paris avait un droit de véto mais François Hollande ne l’a pas utilisé avec l’espoir de pouvoir encore composer Heureusement il restait le vote des députés car désormais le parlement européen est co-décisionnaire. Les présidents des principaux groupes politiques européens ont porté un jugement sévère intervenant au nom de « l’intérêt des citoyens européens » et en résistant aux pressions exercées par leurs gouvernants nationaux.
Espérons que la Commission européenne mais aussi le gouvernement allemand ont compris l’urgence de la situation politique car les fractures risquent de s’opérer entre le «nord» et le «sud» de la Zone euro.
C’est une nouvelle étape de la construction européenne qui s’est accomplie avec ce vote. Heureusement, car les opinions publiques de nombreux pays membres auraient exprimé une défiance totale dans les institutions européennes avec pour corollaire un bouleversement politique aux conséquences imprévisibles. Voilà pourquoi le vote du parlement était si déterminant.
(1) Le budget européen représente 1% du PIB de l’UE ; ses priorités sont la recherche et l’innovation, les transports, l’agriculture, l’énergie…
Yves Espaignet