Vérité d’hier et celle d’aujourd’hui…



La chasse aux relations du régime de Ben Ali dans notre Hexagone s’intensifie. Voilà un thème qui semble difficile à épuiser. Après le titre du Canard, « le clan MAM en affaires avec le clan Ben Ali », il semblait que le genre pouvait s’éteindre. Il ya eu depuis l’épisode Elisabeth Guigou, démissionnant de la présidence d’un club prospectif sur les relations euro-méditerranéennes, club où figurent des représentants de l’ancien régime tunisien. Localement, le maire de Lyon a précisé récemment les objectifs économiques d’une délégation présente en Tunisie à la fin de l’année juste au début du mouvement de révolte.
Comme l’ancien régime était en prise avec tous les acteurs ou responsables tunisiens, contrôlant les activités économiques du pays, il devient aisé d’affirmer que le moindre contact, la moindre rencontre, établissent un lien avec Ben Ali et ses séides.
Désormais c’est le journaliste Antoine Sfeir qui se trouve dans l’obligation de se justifier sur un livre édité en 2006 « Tunisie, terre de paradoxes » dont le contenu témoigne d’un sentiment globalement positif sur la situation du pays sous la conduite du président désormais en fuite. Aurait-il bénéficié de faveurs particulières, de commandes de nombreux abonnements de sa revue « les Cahiers de l’Orient » ? Il aura beau essayer de se défendre du moindre rapport entre les deux faits, rien ne fera changer d’avis ceux qui aujourd’hui lui font la leçon de l’éthique journalistique.
Nous sommes désormais dans l’attente d’un nouveau conflit d’intérêt suspecté et aussitôt médiatisé. L’accusation est lancée par un grand quotidien du soir : les VIP invités sont devenus des VRP d’un régime.
Ne jugeons pas rétrospectivement ces situations au travers des derniers mois d’une révolution du jasmin portée par l’indignation d’une nation devant le nombre de victimes d’une répression violente, dont l’ampleur fut aussi inattendue pour beaucoup (surtout de ce côté de la Méditerranée). A chacun d’assumer son degré de complicité avec l’ancien pouvoir.

Le débat que je voudrais voir émerger, porte sur ce que nous pourrions faire pour épauler cette nouvelle démocratie fragilisée par une crise économique et sociale. Comment notre pays pourrait sortir de ce positionnement d’ancienne puissance coloniale pour être le pays partenaire œuvrant à l’essor tant politique qu’économique de la Tunisie? Repenser nos rapports avec les pays africains est indispensable tant pour nous en raison de notre histoire et de notre place au sein de l’UE que pour eux dans leur volonté de surmonter cette crise de la dignité.
La confrontation des idées au lieu des scandales et des rumeurs.

Yves Espaignet
yves.espaignet@wanadoo.fr